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La traversée de l’Atlantique en catamaran à voile – Partie 1/3

Posté le 06/12/2016

 

 

Madère, tu étais plutôt jolie mais on devait bien te quitter un jour! Nous larguons les amarres le 13 novembre au petit matin, au port de Funchal, Madeira, cette île mystique remplie de fleurs endémiques et de merveilles. Nous entamons la fameuse traversée de l’Atlantique… celle dont on se prépare depuis plus d’un an. Enfin! Voici le récit de notre première semaine de navigation, qui, mine de rien et pour diverses raisons, était le plus difficile de la Transat.

Semaine 1: une première semaine qui frappe fort

Avant-propos

Avant de commencer le récit journalier, sachez que notre priorité #1, et ce particulièrement au début d’une telle traversée, était d’économiser nos forces pour la navigation. Comme Bernard nous l’avait déjà expliqué, nous dépendons tous de la forme physique et mentale les uns les autres pour arriver à bon port et ce, en un morceau! Naturellement, il en faut peu pour occuper rapidement nos courtes journées; s’hydrater, manger, dormir, rester au sec et entretenir le catamaran, qui sera notre maison (de 40 pieds) pour le mois à venir… Ceci étant dit, vous devinerez que les photos abondent en moins grande quantité que pour les autres articles. Nous essaierons tout de même au meilleur de nos capacités de vous partager l’expérience d’une traversée en catamaran à voile par le biais d’une agréable combinaison des images et des mots.

Bonne lecture!

 

Jour 1 (13 novembre) : Un départ au ralenti

Il est 7h15, le soleil vient à peine de se lever que notre dernière escale s’éloigne déjà derrière le catamaran. La vue sur Madère à partir de la mer est aussi belle que l’intérieur de l’île elle-même; l’aube jette de belles couleurs sur le relief, les maisons colorées ont des teintes plus chaudes, on voit les lumières des mats qui dorment encore à Funchal qui deviennent de tout petits points… On dirait que le temps s’est arrêté. Ah oui, le vent est à 0, ça doit aider!

 À gauche: Madère rapetisse lentement et à droite: Chloé poursuit la mission de CL Productions et filme le départ du catamaran. À gauche: Madère rapetisse lentement et à droite: Chloé poursuit la mission de CL Productions et filme le départ du catamaran.

C’est le calme plat. Bernard s’attendait tout de même à une absence de vents en quittant Madère… L’archipel, qui s’élève en moyenne à plus de 1200 mètres au-dessus du niveau de l’océan, agit comme un obstacle au vent du large. Comme mentionné, on s’y attendait bien, mais nous n'avions pas prévu que le phénomène perdure plus de 4h. Nous avons dû rouler pendant 9 heures à moteur, par manque de vents... Pour économiser le diesel, nous avons décidé de rouler à un seul moteur.

 

 

À ce moment, quelques questions nous traversent l’esprit; déjà 9h de diesel, est-ce que ça vaut la peine de continuer vers Saint-Martin? Devrait-on plutôt ajouter une escale et descendre aux Îles Canaries, et refaire le plein d'essence avant de repartir? Le temps finit toujours par replacer les choses. Le vent s’est levé en fin d’après-midi; ça y est, on sort le génois, on coupe le contact des moteurs. C’est parti! On navigue enfin avec de bons vents, cette belle énergie qui nous permettra d’avancer jusqu’aux Caraïbes!

 

La loxodromie et l'orthodromie sont des concepts de distance très pratiques en navigation. Pour plus d'information, visitez ce petit document: http://theophil.mystere.pagesperso-orange.fr/Files/Other/Documents/Orthodromie_Loxodromie.pdf La loxodromie et l'orthodromie sont des concepts de distance très pratiques en navigation. Pour plus d'information, visitez ce petit document: http://theophil.mystere.pagesperso-orange.fr/Files/Other/Documents/Orthodromie_Loxodromie.pdf

 

Nous descendons lentement vers le sud-ouest. On ne met que le génois, car on doit limiter notre vitesse. Un « trou d’air » se trouve juste en face de nous, à quelques jours près, plus au sud. Pour l’éviter, on décide de rallonger notre route davantage vers l’ouest, le temps de dépasser ce petit trou d’air. Ceci nous force donc à rester à des latitudes plus élevées, plus au nord autrement dit. Nous l'ignorons encore à ce moment, mais ce chemin nous vaudra plusieurs averses et systèmes dépressionnaires par la suite… et ce, dès notre première nuit de navigation.

La nuit est en effet plutôt agitée, avec quelques petites averses. Rien de trop inquiétant, mais disons que ça nous tient bien éveillés. On se questionne toujours à savoir si le pire est passé ou non, car la nuit, quand les nuages cachent la lune et les étoiles, c’est d’un noir total à l'extérieur. On redouble donc de prudence.

 

Jour 2 (14 novembre) : La Super Lune veille sur nous

Aujourd’hui, il fait soleil et nous avons du vent. Aucun moteurs. Ça fait du bien au compteur de diesel, mais aussi à nos oreilles! Au petit matin, cadeau; on trouve deux calmars d’échoués à l’arrière du catamaran. Ça nous prend par surprise, car habituellement, on devrait retrouver plutôt des poissons volants sur la coque… On se dit alors que les calmars, ça ne saute ou ne vole pas, et qu’ils ont probablement été emmené jusqu’ici par des vagues hier soir, pendant la nuit… de grosses vagues? Hmm, fort probablement. Peut-être que c’était bien au fond, qu’on n’y voyait rien hier. Les vagues étaient peut-être plus grosses que ce que l’on pense. Bernard se sert d’un calmar comme leurre et le met sur l’hameçon, en espérant avoir plus de succès avec les poissons!

 

 

Voici notre VHF (Very High Frequency) de la marque GHS, qui, à l'aide de l'AIS (Automated Information System) sert d'outil de communication entre bateaux. La norme oblige les navires commerciaux et les plus grandes embarcations à émettre leur nom, leur cap, le type de navire, la vitesse, la route et la destination; bref, l'ensemble des informations de navigation. Dans notre cas, notre GPS utilise ces informations pour calculer le point le plus près de rencontre entre notre navire et ceux à proximité, basé sur notre cap et notre vitesse. D'ailleurs, le voilier a priorité sur les cargos, et le VHF nous permet de les contacter pour ajuster les caps en conséquences. En mer, nous devons être connectés sur le canal 16, soit le canal d'écoute des urgences... Car en mer, on doit porter assistance en tout temps un navire en détresse (à moins de mettre en péril notre propre sécurité). Voici notre VHF (Very High Frequency) de la marque GHS, qui, à l'aide de l'AIS (Automated Information System) sert d'outil de communication entre bateaux. La norme oblige les navires commerciaux et les plus grandes embarcations à émettre leur nom, leur cap, le type de navire, la vitesse, la route et la destination; bref, l'ensemble des informations de navigation. Dans notre cas, notre GPS utilise ces informations pour calculer le point le plus près de rencontre entre notre navire et ceux à proximité, basé sur notre cap et notre vitesse. D'ailleurs, le voilier a priorité sur les cargos, et le VHF nous permet de les contacter pour ajuster les caps en conséquences. En mer, nous devons être connectés sur le canal 16, soit le canal d'écoute des urgences... Car en mer, on doit porter assistance en tout temps un navire en détresse (à moins de mettre en péril notre propre sécurité).

La journée est très belle et le soleil nous permet de faire sécher notre linge. Une fois la nuit tombée, par contre, la pluie revient nous rendre visite par intervalles. Bon, ça fait « partie de la game »! Au moins, on peut se réconforter par la présence de la pleine lune, lorsqu’elle se décide à se montrer. Eh oui, on est quand même chanceux! C’est la « Super Lune » du 14 novembre, moment où la lune sera particulièrement proche de la Terre, et ce, depuis 1948. Vous savez bien que la trajectoire de la Terre autour du soleil est elliptique? Eh bien l’orbite lunaire n’est pas bien différente; elle est elliptique aussi. Au plus loin de la Terre, la lune s’éloigne donc à près de 406 000 kilomètres, et au plus près, elle se rapproche à 356 000 kilomètres. Et nous, nous sommes là, complètement entourés des eaux océaniques, alors que la lune brille dans le ciel et sur les vagues… Le spectacle est magnifique, et ce, même si les nuages cachent la lune par intermittence.

 

 

C’est notre deuxième journée de navigation, nous envoyons un message à transmettre sur notre page Facebook. Pendant la traversée, nous avons utilisé une partie des données "minutes" d'Iridium Go afin d'écrire un court texte sur notre journée. Ce mail était ensuite envoyé à diverses personnes, dont Robert Gaucher (le frère de France), qui était chargé de publier chacune des mises à jour.

 

 

Jour 3 (15 novembre) : Au milieu des orages et des dépressions

La journée, encore une fois, fût très vite passée. Nous avons presque pêché un Mahi Mahi, mais il est retombé à l’eau! Après cette journée nuageuse et légèrement pluvieuse, voilà que la nuit arrive déjà, et qu’on doit reprendre nos quarts à la barre. On remet nos manteaux, bottes de pluie, polars et mitaines, car il fait assez froid quand le soleil se couche.

 

Le Mahi Mahi aurait été délicieux! PS: oui, l'eau est réellement à ce point d'un bleu profond dans l'océan. Aucune retouche! Le Mahi Mahi aurait été délicieux! PS: oui, l'eau est réellement à ce point d'un bleu profond dans l'océan. Aucune retouche!

Pour vous donner une idée de comment on fonctionne, voici un petit tableau qui résume un peu notre horaire de nuit.

 

 

L’horaire est sujet au changement. L'idéal est que nos cycles du sommeil s’habituent par eux même à dormir par coups de 3h. Notez que pendant le jour, on laisse la barre à celui ou celle qui a de l’énergie sur le moment, et on se relaie aux 1, 2 ou 3 heures selon le contexte. Le jour, on laisse la priorité de « congé de barre » à ceux qui ont besoin de sommeil à rattraper.

Ce soir, on s’apprête à vivre une nuit éclairée, mais pas une « nuit éclairée » comme on les aime, soit grâce à la belle voie lactée ou la lune si réconfortante… En fait, 5 systèmes dépressionnaires se rencontrent et provoquent littéralement un spectacle d’éclairs. Nous sommes entourés d’éclairs électriques et d’averses, mais nous prenons tout de même soin d’éviter le plus gros de la tempête en laissant trois dépressions s'éloigner sur notre tribord.

 

 

Lorsque des éclairs menacent de toucher le navire, il est impératif de regrouper les gadgets électroniques qui servent de GPS et de les mettre dans le four, qui de par son matériel (en métal) protège les instruments d’un bri éventuel. C'est le principe de la cage faraday. Les éclairs produisent un champ magnétique extrêmement puissant qui détruit instantanément les appareils électroniques, même ceux munis d'une fusible. C’est toujours un peu inquiétant quand on en vient à mettre nos iPad, téléphones et autres gadgets dans le four. Ça nous fait réaliser que le risque bien est présent, et que le pire peut réellement arriver. Surtout lorsqu’on sait que les éclairs recherchent à rejoindre le point le plus haut, et que tient, par hasard on se retrouve dans le coin avec un joli mat qui fait une quinzaine de mètres dans les airs!

Après avoir vérifié les prévisions météo, Bernard nous annonce des conditions semblables pour les deux jours suivants. On se prépare mentalement, car on s’en vient déjà fatigué…

 

Jour 4 (16 novembre) : L’énergie baisse

Pas de changement au niveau de la température, car la journée reste plutôt nuageuse. On suit encore des dépressions, ce qui nous emmène des grains par moments. Beaucoup de vêtements restent humides et n’ont pas le temps de sécher.

Un "grain", en météo, c'est un événement au cours duquel la vitesse et la direction changent brusquement. Ça ne dure que quelques minutes, et souvent les grains sont accompagnés d'averses de pluie ou d'orage. Les grains sont en général redoutés des voiliers!Un "grain", en météo, c'est un événement au cours duquel la vitesse et la direction changent brusquement. Ça ne dure que quelques minutes, et souvent les grains sont accompagnés d'averses de pluie ou d'orage. Les grains sont en général redoutés des voiliers!

En plus de la pluie, nous voilà tous les quatre avec un mal de tête. C’est louche… Sommes-nous tous épuisés à ce point? C’est normal, peut-être que nous avons accumulé de la fatigue avec ces premières nuits mouvementées. Mais nous doutons à présent sur la qualité de l’eau. Une eau contaminée nous emmènerait en effet à subir un mal de tête. Pour écarter le pire; hop, un bouchon ou deux d’eau de javel dans le réservoir. Ça devrait tuer la majorité des bactéries. Si jamais c’est du E. Coli, par contre on doit faire bouillir l’eau avant de la consommer. Comment savoir? On ne prend plus de risque. L’eau du robinet est désormais réservée comme eau à bouillir (café, thé, cuisson). Nous avions tout de même acheté une dizaine de bidons de 5L d’eau potable avant de partir; pas de soucis, c’est ce que nous prendrons pour boire. Nous commençons aussi à récolter l’eau de pluie pour les remplir et nous assurer de l’eau douce jusqu’à notre arrivée.

Cet incident baisse le niveau d’énergie général de l’équipage. Et encore! On se rend compte que le catamaran a lui aussi de la difficulté avec son rendement énergétique. Les panneaux solaires de suffisent pas, quelque chose consomme trop d’énergie sur le bateau. On ferme alors deux frigos sur trois. Pour le reste, on ne peut pas vraiment moins consommer… on faisait déjà très attention. Est-ce qu’un panneau est défectueux? Ou bien est-ce que 3 x 90 watts est tout simplement insuffisant pour le Lucia 40 en pleine mer?

 

 

Il fait d'ailleurs tellement sombre et nuageux depuis le début de la traversée qu'il est un peu normal que les panneaux solaires aient plus de difficulté à recharger complètement les batteries... Il fait d'ailleurs tellement sombre et nuageux depuis le début de la traversée qu'il est un peu normal que les panneaux solaires aient plus de difficulté à recharger complètement les batteries...

En plus, il faut bien vous confier que depuis le début, on ne peut pas se fier au pilote automatique, et ce même en pleine nuit. Avec le courant, les vagues et le vent, le pilote vacille trop de gauche à droite, et risque de causer des empannages non-désirés. Ceci nous force à prendre la barre 24h/24. Dans nos quarts de nuit, puisque nous sommes deux, on se relais la barre aux 15 à 30 minutes pour éviter l'épuisement. Le jour, puisque les conditions sont moins exigeantes, on peut rester plus longtemps à la barre. Tout ceci pour dire que, bon sang, qu’est-ce qui gruge autant d’énergie si le pilote n’est même pas activé? Mystère qu’on espère bien trouver. D’ici là, on doit partir les moteurs 2h par jour pour assurer un rechargement complet des batteries.

Le point positif (il y en a toujours un); les dépressions nous donnent de bons vents, qui nous font avancer considérablement. Bah, au moins, on avance… on ne recule pas!

 

 

Jour 5 (17 novembre) : Le coup de vent

Les prédictions météo ne disaient pas faux. Aujourd’hui encore, nous avons des nuages, des averses et des dépressions à proximité. À une différence près; moins de vents en journée. Et puis comble de malheurs (!), Luc perd sa belle casquette des Bruins, celle qui, même si elle ressemblait de plus en plus à un vieux torchon, accumulait tant de valeurs sentimentales. Au moins, France a visé juste en peignant un portrait de Luc avec cette-dernière la journée d’avant. Un petit souvenir qui prend de l’importance (cliquez ici pour voir sa page d'artiste peintre)!

 

La plupart ont réussi à se délivrer du fameux mal de tête, sauf Chloé qui a désormais une migraine. Elle a donc congé de barre pour au moins une journée et une nuit, ce qui emmène l’équipage à ajuster les quarts de travail en conséquence. Ce sera d’ailleurs une nuit mouvementée, avec les vents les plus importants enregistrés par l’anénomètre; 45 Kn. Et qui dit « gros vents » dit « grosses vagues ». Bien que la noirceur n’aide pas à rendre la mesure complètement objective, nous pensons, selon le ressentis, que les vagues allaient jusqu’à 4 mètres.

 

 

…Quand est-ce qu’on arrive, déjà?

 

 

Jour 6 (18 novembre) : La pluie nous rattrape encore

Pour ce poisson, Bernard a tiré la corde, France s'est occupé de la réception du poisson (alcool dans les bronches et immobilisation), et Luc se chargeait de garder le cap! Pour ce poisson, Bernard a tiré la corde, France s'est occupé de la réception du poisson (alcool dans les bronches et immobilisation), et Luc se chargeait de garder le cap!

Au moins aujourd’hui, on se réveille avec le soleil. Petit réconfort; notre premier Mahi Mahi, 10 minutes à peine après avoir mis un nouveau leurre à l’eau! Il s'agirait même d'un Mahi Mahi des Caraïbes puisqu’il avait beaucoup de jaune sur ses écailles. Bernard s’est occupé du souper et nous a introduit aux sashimis. Il s'agit d'une portion bien précise de la chair de poisson qui se mange complètement crue. C’est très simple, mais tellement bon avec de la sauce soya et du wasabi! Il a aussi fait cuire un filet au four avec de la moutarde à l’ancienne. Ce petit poisson ne sait pas quel réconfort il nous a apporté…

Bernard fait un test en buvant l’eau du robinet. Si elle est vraiment contaminée, nous le saurons assez rapidement. C’est un moyen plutôt drastique, mais bien efficace il faut le dire, pour savoir réellement si l’eau est potable ou non!

 

 

La nuit est encore pluvieuse et nuageuse. En plus de la lune qui est dans son cycle décroissant, nous avons moins de lumière le soir venu. C’est très noir dehors, et très difficile d’avoir un point de repère visuel lorsque nous prenons la barre.

 

 

Les nuits claires (…et sèches) de nos premières escales nous manquent. Ou elle est, la voie lactée, le ciel étoilé, la mer calme qu’on aimait tant?

 

 

Jour 7 (19 novembre) : Malgré tout, clore la semaine en beauté!

Déjà le septième jour de la Traversée, ce qui clos déjà notre première semaine en haute mer! Il était temps… Et comme si l’océan voudrait se faire pardonner de nous avoir reçu quelque peu rudement, elle nous offre une septième journée qui n’a rien à voir avec les six premières. C’est la plus belle journée depuis le tout début! Gros soleil, belle température, peu de nuages, bons vents… vraiment, tout y est! On reprend tous des forces, et on dirait qu’on oublie rapidement le mauvais temps qui vient de passer. Le moral de la troupe remonte vite!

Pour fêter ce premier « samedi » sur l’océan, on se permet tous une première bonne douche chaude. Bon, il faut dire que la douche est d'une duréemaximum 2-3 minutes, mais vous n’imaginez pas à quel point ces quelques minutes de grâce sont de la pure joie pour notre épiderme.

 

 

Au souper, France récupère les restants du poisson et fait relever ses saveurs avec diverses sauces inventées sur le coup. Un délice! Rapidement après avoir lavé la vaisselle et préparé la tisane du soir, les quarts de nuit commencent. Bon, est-ce que la pluie va revenir comme à son habitude? Une petite inquiétude prend place, on ne sait plus trop à quoi s’attendre, avec les dernières nuits… Eh bien enfin, nous avons « la » nuit tant désirée. Une mer calme, un ciel rempli d’étoiles, de minimes averses de pluie et une belle grosse lune.

Est-ce qu’on vous avait déjà parlé du plancton phosphorescent? Dès qu’il fait nuit, le phytoplancton devient fluorescent par bioluminescence lorsqu’il reçoit une action mécanique (soit lorsqu’il est bousculé par quelque chose). Il s’agit à la base d’un mécanisme de défense qui lui permet de brouiller la vue de ses prédateurs lorsqu’ils viennent les manger. Mais lorsque les étraves des coques traversent les vagues, elles frappent l’eau et créent aussi un mouvement mécanique qui active la bioluminescence des planctons! Résultat; la nuit, le catamaran est entouré de petits points vert/cyan qui illuminent les eaux environnantes. Sur le coup, c’est aussi impressionnant que des étoiles et une voie lactée sous un ciel clair, sauf que le spectacle se trouve sous l’eau, juste à côté de nous. C’est magique.

 

 

Conclusion de la première semaine

Il faut comprendre que, même si la première semaine à été difficile, nous avons toujours pu éviter le pire des dépressions. Techniquement, nous restions à plusieurs centaines de milles nautiques des tempêtes et des gros systèmes dépressionnaires. Évidemment, des dépressions locales (et plus petites) se sont chargées de nous occuper et de nous rappeler que la mer, elle peut être imprévisible et très féroce. Somme toute, les conditions étaient tout de même très bien; nous étions entre de bonnes mains, le catamaran a toujours excellé dans les conditions plus corsées et en prime, nous avions encore une tonne de nourriture et d’eau potable en bouteille… Mais la fatigue s’accumulait. Et le stress aussi. Rappelons que c’est tout de même notre première semaine complète en haute mer, avec une destination qui se trouve encore très loin. Et que même si le monde des bateaux nous était familier avant, celui de la navigation à voile l’était moins...

Mais on s’en est bien sorti. Il faut dire que, lorsqu’on aime ce que l’on fait, et lorsque nous sommes entourés des bonnes personnes (expérience à proscrire sans la présence d'un skipper professionnel à bord!), c’est toujours tellement plus facile de passer au travers des moments plus difficiles!