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Escale 3: Madère (Portugal)

Posté le 09/11/2016

 

 

Cette fois-ci, nous attaquons un voyage en mer de 540 miles nautiques. De Lisbonne vers Madère, cette troisième escale est l’avant-dernière de notre Traversée de l’Atlantique, qui a débuté, rappellons-le, à La Rochelle. Celle-ci nous permet de vivre un semblant de ce qu’est l’autonomie en mer pour une durée prolongée, soit près de 96 heures en catamaran à voile. Voici le récit de voyage de quatre jours en haute mer!

Jour 1 (5 novembre) : Départ de Lisbonne

Vers 8h15 nous disons Au revoir à Lisbonne, capitale du Portugal qui nous a si bien accueillis. Dès que nous franchissons le pont 25 de abril, on met les voiles (grand-voile et génois). Pour la première fois depuis le début, on cesse complètement les moteurs dans l’objectif de ne faire que de la voile. Nous n’avons plus de presse comme ça l’était pour traverser le Golfe de Gascogne.

Le pire est (supposé être) fait.

Il faut 2h pour sortir complètement du Tage. Deux surprises nous attendent lorsque nous franchissons enfin son embouchure : deux arc-en-ciel et d’énormes vagues.

 

 

Bernard appelle ces vagues la « machine à laver », puisqu’elles viennent de tous bords tous côtés. Elles résultent d’un contre-courant (marée + courant régulier du fleuve) et des hauts fonds marins, qui amplifient les vagues à cet endroit. Il ne faut pas oublier que des dépressions ne sont pas trop loin non plus…  Une fois que nous dépassons les hauts fonds (une bouée l’indique), les vagues cessent d’un coup. La différence est remarquable.

 

 

On se laisse aller au gré du vent. On n’attend pas trop longtemps (un peu moins d’une heure) que des vagues nous rattrapent. Elles sont grises et très hautes. Celles-ci sont à l’origine d’un changement au niveau des dépressions locales. On s’apprête en fait à rencontrer un front froid. Vers 14h, on rencontre ce front froid, qui était chaleureusement accompagné d’un grains (une forte pluie) qui a duré une trentaine de minutes. La journée est très mouvementée et les vagues se stabilisent à une hauteur de 3 mètres. Les plus hautes vagues qu’on ait vu jusqu’à présent. Elles mettent bien au défi le bateau (qui craque, bouge et s’ajuste constamment), mais il sait les prendre de la bonne façon. Il résiste bien!

 

 

On enregistre des vents allant jusqu’à 45 nœuds, et le bateau est allé jusqu’à 12,6 nœuds. Notre record jusqu’à présent. France, Luc et Bernard s’échangent la barre à tour de rôle, alors que Chloé essaie du mieux qu’elle peut de combattre la tempête à l’intérieur d’elle. Elle a le mal de mer pour la première fois. Elle reste où elle se sent le mieux (dans sa cabine) toute la journée jusqu’à demain, vers 7h.

La nuit passe avec les mêmes conditions, mais en diminuant progressivement. Avant que le soleil se couche, on change les deux voiles de côté. On doit louvoyer (faire des zigzags) pour atteindre notre objectif. Personne ne fait de nuit complète, mais on fait de petites siestes à tour de rôle. Une première nuit assez mouvementée, faut croire que Lisbonne ne voulait pas nous laisser partir.

Jour 2 (6 novembre) : détroit de Gibraltar et les hauts fonds marins

Quand le soleil se lève, Chloé sort tranquillement le bout de son nez. Enfin amarinée, elle prend la barre en matinée, ce qui permet à tout le monde de rattraper un minimum de sommeil. Les conditions de navigation sont bien plus clémentes qu’hier : vents de 13 à 19 kn, vagues longues et beaucoup moins hautes. Le vent est doux… le calme après la tempête.

 

 

On reste attentifs aux changements qui peuvent survenir, surtout en lien avec le détroit de Gibraltar. Lorsqu’on commence à entrer dans son anse, on croise un peu plus de bateaux et le vent change de côté. On ajuste les voiles en conséquence. On note aussi des hauts fonds marins sur notre chemin. Puisque ceux-ci pourraient être à la source de vagues trop grosses et pas tellement amicales, on cherche à les éviter. On change les voiles de côté, encore une fois. On louvoie.

 

 

Notre destination change toute la journée : Îles Canaries, Madère, Îles Canaries, Madère… On penche tout de même un peu pour Madère, car les vents sont (pour le moment) un peu trop élevés à notre arrivée aux Îles Canaries (au-dessus de 25 kn).

Pendant la nuit, on doit mettre les moteurs 6h de temps à cause de vents trop faibles. En bas de 3 nœuds… bon, on se le permet. Pendant la traversée vers Saint-Martin, on devra tout de même faire avec ce que le vent a à nous offrir, et n’utiliser les moteurs seulement lorsque nous devons recharger les batteries. Cette troisième escale est la plus longue expérience en mer que nous avons eu jusqu’à présent. À Madère, on aura fait 4 jours complets à la voile, soit l’équivalent de 540 miles nautiques. À titre d’exemple, pour Corogne et Lisbonne, le temps de navigation était d’à peu près 48 heures. Cela nous permet d’analyser notre consommation d’eau et d’électricité, et de se faire une petite liste de chose à faire et à réparer une fois arrivé à Madère. Ce sont de petits détails, mais qui rendront notre traversée de l’Atlantique plus confortable. Bernard a l’œil et toujours le temps pour faire un énième tour du catamaran!

Jour 3 (7 novembre) : des dépressions locales qui font notre itinéraire

La navigation de nuit se passe bien. Nous avons arrêté complètement le pilote automatique, ce qui nous emmène à faire des quarts de nuit de 2 personnes. Une personne à la barre, et une personne qui vérifie les alentours. Bernard tient à ce que l’on se pratique à naviguer sans pilote automatique. Ça nous permet de mieux connaître les réactions du cata! C’est par contre très exigeant, autant physiquement que mentalement puisque ça demande beaucoup de concentration, surtout dans l’obscurité. Les étoiles deviennent notre cap. Et puis à deux tout se fait mieux ! La nuit passe vite, les conditions de navigation sont somme toute favorables.

 

 

Dès le matin, on voit plusieurs petits nuages gris autour de nous. Ce sont de petites dépressions locales. Rien de très gros, disons juste assez pour pimenter la navigation d’aujourd’hui. Elles augmentent légèrement les vents lorsque nous passons à proximité. On s’en sert pour aller plus vite tout en évitant leur centre, où la pluie tombe. La vitesse du bateau varie beaucoup, allant de 3 à 9 nœuds. Même chose pour les vents, qui vont de 10 à 28 nœuds.

C’est la thématique de la journée ! On se promène entre les petites dépressions, et c’est juste assez pour nous tenir occupé. Ça nous permet aussi d’analyser la météo locale, d’habituer notre œil aux nuages et à ce qu’ils peuvent nous apporter.

Après le souper (qui était plus que délicieux : poulet mariné, patates pilées et légumes), on se prépare pour les quarts de nuit. Il s’agira d’une des plus belles nuits de navigation jusqu’à présent. Des vents constants de 20 kn, ce qui nous donnes une vitesse moyenne de 5-6 kn (on met seulement le génois la nuit, on rentre la grand-voile), presque pas de bateaux aux alentours et un vent qui se réchauffe un peu (eh oui, on a encore nos manteaux)! Au moins on avance à bon rythme, et les vents constants nous permettent d’éviter des manœuvres de nuit. Nous avons aussi eu l’agréable compagnie d’une étincelante demi-lune, d’un ciel étoilé et des algues phosphorescentes. Le tout s’est terminé avec un joli lever de soleil, dans le dernier quart de France et Luc!

 

Jour 4 (8 novembre) : Cap sur Madère

Bernard et Chloé s’occupent de la barre de 7h30 à 10h30. Ça s’active tranquillement : Bernard a toujours un peu la bougeotte le matin. On voit un poisson volant sortir de l’eau (un seul, c’est curieux... il s’est perdu?), ce qui nous rappelle de réessayer la pêche. Bernard installe son équipement, et laisse traîner un long fil dans la mer. En espérant qu’on mange du poisson pour souper! Nos derniers essais de pêche dans le Golfe de Gascogne n’ont pas été très concluants. On ravive nos espoirs pour aujourd’hui.

 

 

C’est une très belle journée, tout le monde est en pleine forme, on dirait qu’on s’habitue de plus en plus aux quarts de nuit, aux sommeils par coup de 3h et aux siestes journalières. Mais les journées passent très vite. On dirait que les jours servent à rattraper des forces et à se préparer pour la nuit.

 

 

Aujourd’hui, Bernard veut qu’on navigue au compas magnétique. Ça, c’est pas seulement pratique quand le pilote automatique nous lâche, mais aussi quand le compas électronique décide de faire des siennes! On n’arrête jamais d’apprendre, avec notre skipper. C’est plus difficile, parce que le compas magnétique réagit à l’envers. Bref, on se concentre un peu plus. Ce n’est pas si pire, puisqu’on se remet à naviguer avec les pieds (autre technique de Bernard!). Cette technique permet d’économiser nos forces lorsqu’on est à la barre. Avec un peu de pratique, ça devient rapidement instinctif.

 

 

Deux cargos sont passés près de nous en après-midi (1,2 et 1,7 miles nautiques), ce qui nous a tenus occupés pendant un petit bout. Puisque le système AIS nous permet d’obtenir de précieuses informations sur le cap, la distance, l’angle de navigation, le nom, etc. des navires à proximité, nous sommes entrés en contact avec l’un deux.

« Sailing vessel, sailing vessel, sailing vessel. Les 4 Voiles, Les 4 Voiles, Les 4 Voiles. Notre système AIS prévoit une rencontre à 0,3 mn dans 25 minutes, changez de cap de 10 degrés pour éviter une collision avec Les 4 Voiles. »

Et voilà, la beauté d’être à voiles sur la mer. Lorsque les voiles sont levées, notre embarcation a priorité sur les autres navires (à moteur) à proximité (à l’exception des bateaux de pêcheurs). Il faut cependant toujours faire attention et éviter du mieux qu’on le peut une éventuelle collision.

 

 

Pour le reste de la journée, nous avons eu les vents que nous aimerions avoir pendant notre traversée jusqu’à Saint-Martin. Constants, entre 12 et 20 kn. Encore juste le génois est sorti. Ça nous fait avancer suffisamment et pour le moment, ça nous suffit amplement!

 

 

Après le souper, c’est les quarts de nuit qui commencent. Une deuxième superbe nuit de navigation nous attend. Nous avons très hâte d’arriver à Madère, de voir les premières îles. On aperçoit le relief de Porto Santo dans la noirceur, un peu après 2h du matin, et elle est plutôt impressionnante. Elle exhibe fièrement un relief très escarpé, bien typique des îles volcaniques. On se rapproche! L’effet est un petit peu illusoire, puisqu’on se rend dans une marina au sud de l’île principale de Madère… il nous reste encore une dizaine d’heures de navigation.

Jour 5 (9 novembre) : Débarcadère, Madère!

Nous arrivons enfin à Madère, dans la marina XXX vers 14h, après avoir longé les côtes portugaises des petites îles des alentours. C’est magnifique, et bien différent de ce que nous avons vu jusqu’à présent. Un petit aperçu des îles du sud qui nous attendent dans les Caraïbes!